Décembre 1938

Translated from the Tamil original (Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, South India).

Nous avons déjà, lors de la publication de la première édition de la traduction anglaise, parlé(*) de ces hymnes adressés à la montagne sacrée d’Arunachala considérée comme symbolisant le « Cœur du Monde » ; la seconde édition, qui vient de paraître, a été grandement améliorée, tant sous le rapport de la correction du langage que sous celui de la justesse de l’expression ; et, en outre, quelques commentaires qui trahissaient une certaine influence d’idées occidentales ont été heureusement rectifiés dans un sens plus traditionnel, et certainement plus conforme à la véritable pensée de l’auteur.

With English translation and notes by B. V. Narasimhaswami (Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, South India).

L’Upadesa Saram est un résumé, en trente courtes stances, de l’enseignement de Sri Ramana sur le développement spirituel de l’être humain ; il définit les différentes « voies » (mârgas) et montre qu’elles tendent toutes au même but, qui est toujours, en définitive, « l’absorption dans la source ou le cœur de l’existence », qui est identique au Suprême Brahma. L’absorption permanente implique l’« extinction du mental » (manonâsha) et, par suite, de l’individualité comme telle ; mais cette « extinction », bien loin de laisser un vide après elle, fait au contraire apparaître une « plénitude » (pûrna) véritablement infinie, qui n’est autre que le « Soi », et qui est la parfaite unité de Sat-Chit-Ananda ; c’est là, l’ultime résultat de la « recherche » (vichâra) de la nature réelle de l’être, correspondant au « Tu es Cela » (Tat twam asi) des Upanishads.

Translated by S. Seshu Iyer (Sri Ramanasramam Tiruvannamalai, South India).

Cette brochure contient les précisions données par Sri Ramana, en réponse aux questions d’un de ses disciples, sur la « voie de recherche » (vichâramârga) qu’il préconise plus particulièrement : l’être qui, cherchant à connaître sa véritable nature, se demande ce qu’il est réellement, ce qui constitue son essence même, doit se rendre compte tout d’abord et successivement qu’il n’est pas le corps, ni la forme subtile, ni la force vitale (prâna), ni le mental, ni même l’ensemble de potentialités qui subsistent à l’état indifférencié dans le sommeil profond ; il ne peut donc être identifié qu’avec ce qui subsiste après que tous ces éléments adventices ont été éliminés, c’est-à-dire la pure conscience qui est Sat-Chit-Ananda. C’est le « Soi » (Âtmâ), qui réside dans le cœur (hridaya) et qui est l’unique source de toutes les manifestations mentales, vitales, psychiques et corporelles ; il peut être atteint par la concentration et la méditation, et l’état d’« absorption » dans ce « Soi » n’a rien de commun avec l’exercice de facultés ou « pouvoirs » psychiques quelconques, ni, ajouterons-nous pour prévenir une autre erreur d’interprétation trop fréquente en Occident, avec un état « psychologique », puisqu’il est essentiellement au delà du mental. En fait, il s’agit là d’une voie de Jnâna-Yoga qui se trouve indiquée très explicitement dans les Upanishads mêmes, et qui pourrait être décrite « techniquement » comme un processus de résorption graduelle de l’extérieur vers l’intérieur, jusqu’au centre même de l’être ; elle aboutit finalement à la connaissance du « Soi » et à la réalisation de sa vraie nature (swarûpa), réalisation qui est la Délivrance (Mukti).

Sri K. S. Narayanaswami Iyer, Trichinopoly, South India.

C’est le récit d’une série d’entretiens avec Sri Ramana, dans lesquels la méthode de vichâra dont nous venons de parler est en quelque sorte « mise en action », et où sont traitées des questions telles que celles de la « foi » (shraddhâ) qui est nécessaire à l’obtention de la connaissance, du contrôle du mental et de la différence qui existe entre sa stabilisation temporaire (manolaya) et son « extinction » permanente (manonâsha), des obstacles qui s’opposent à la réalisation du « Soi » et qui peuvent être surmontés par une concentration constante, du sommeil profond et des différents degrés de samâdhi. Ce qui semble surtout particulier à l’enseignement de Sri Ramana, c’est son insistance habituelle à faire entreprendre dès le début la méthode de vichâra, au lieu de s’arrêter tout d’abord à des procédés préliminaires de « purification » corporelle, psychique et mentale, bien qu’il n’en reconnaisse pas moins la nécessité de ceux-ci, et que plusieurs de ses principaux disciples aient d’ailleurs déclaré expressément que cette méthode directe ne convient pas à tous ; et, comme le fait remarquer l’auteur, Sri Ramana n’a jamais contesté la légitimité des autres méthodes, mais au contraire, comme nous l’avons vu plus haut, il affirme que, plus ou moins directement, elles conduisent toutes au même but final.

Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, South India.

Les conversations rapportées dans la première partie de ce livre traitent encore de sujets analogues à ceux que nous venons de mentionner : les relations entre le vichâra et la « Grâce » qui y répond intérieurement, les deux mouvements s’exerçant en quelque sorte corrélativement en sens contraire ; l’identité du Sad-guru avec le « Soi » ; le caractère positif de l’état de « silence » (mauna), qui ne doit aucunement être confondu avec une simple inactivité ; la demeure du « Soi » dans le centre désigné symboliquement comme le « cœur » ; la différence entre les Siddhis au sens ordinaire, « pouvoirs » recherchés pour eux-mêmes et qui ne sont que des obstacles à la réalisation, les Siddhis se produisant naturellement et normalement comme manifestations contingentes d’un certain état intérieur, et la plus haute signification de ce même terme (Jnâna-siddhi) qui est la réalisation même du « Soi ». La seconde partie est une traduction commentée du Sat-Darshana Bhashya, qui, écrit d’abord en tamil par Sri Ramana, fut rendu en sanscrit par son disciple Vasishta Ganapati Muni, et qui est, comme son titre l’indique, un « discours sur la perception de la vérité » : partant de la distinction de Dieu, du monde manifesté et de l’« âme » (jîva), il s’agit de la dépasser pour atteindre la Réalité suprême qui, dans sa « non-dualité » absolue, est la source et le support de tout ce qui existe ; cette Réalité est le « Soi », qui apparaît quand le « moi » et ses limitations se sont évanouis ; le jîvanmukta, ayant réalisé le « Soi », est un avec le Suprême, et sa condition et son mode d’action sont incompréhensibles au mental ; cet état de réalisation est toujours le même, qu’il soit obtenu dans cette vie ou dans quelque autre monde, et il n’y a aucune distinction de degrés dans la Délivrance, qui est l’identité consciente de l’être avec la suprême Vérité.

Sri Ramanasramam, Tiruvannamalai, South India.

Ce livre est une biographie de Sri Ramana : sa « vocation » soudaine à l’âge de dix-sept ans, sa retraite à Arunachala et les difficultés de tout genre qu’il eut à surmonter pour y persévérer, ses relations avec ses disciples et les instructions qu’il leur donne, la façon dont il traite les animaux, la description de la vie à l’âshrama, tout cela ne saurait assurément être résumé en quelques lignes, et nous ne pouvons que conseiller la lecture du livre lui-même à ceux qui voudront se faire une idée quelque peu complète de la « personnalité » du Maharshi. Ce qu’il nous paraît spécialement important de remarquer, c’est que, en raison de son caractère de « spontanéité », la réalisation de Sri Ramana représente une voie en quelque sorte exceptionnelle, et aussi que, sans doute à cause de cela même, il semble exercer surtout ce qu’on pourrait appeler une « action de présence », car, bien qu’il réponde toujours volontiers aux questions qui lui sont posées, on ne saurait dire qu’il donne à proprement parler un enseignement régulier. Ses disciples sont d’ailleurs extrêmement divers sous tous les rapports, et il laisse toujours à chacun la plus grande liberté, ce qui, il faut bien le dire, produit des résultats fort différents aussi suivant les individus ; mais, somme toute, n’est-il pas inévitable que chacun ne recueille que les bénéfices qui correspondent à sa propre capacité ?

The New Light Publishing House, Pudukotah, South India.

L’auteur de ce petit livre trouve, et non sans raison, une confirmation de la doctrine des Upanishads dans la vie et les enseignements de Sri Ramana ; mais où son point de vue peut sembler quelque peu étrange, c’est quand il déclare que ce sont ces derniers qui, pour les disciples du Maharshi, constituent la « Révélation » faisant autorité avant tout, et que l’ancienne doctrine vaut pour eux en raison de son accord avec ces mêmes enseignements ; il y a là une sorte de renversement des rapports qui n’indique pas une notion très juste de l’orthodoxie traditionnelle. Aussi convient-il, pensons-nous, de laisser à l’auteur seul toute la responsabilité de ses interprétations, du moins dans la mesure où elles sont affectées d’un certain « modernisme », et de divers rapprochements peu justifiés avec des conceptions philosophiques et psychologiques occidentales, qui témoignent aussi du même esprit. Tout en reconnaissant ce que son ouvrage contient par ailleurs de très digne d’intérêt, il est permis de regretter que le sujet n’ait pas été traité, dans l’ensemble, d’une façon plus conforme à la doctrine même à laquelle il se rapporte directement ; et peut-être faut-il voir là un des effets les moins heureux de cette absence d’enseignement régulier à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure, et qui ne permet pas de donner en pareil cas à la qualité de « disciple », si hautement revendiquée soit-elle, toute la plénitude de sa signification.